À Madagascar, accepter le paiement mobile semble simple en apparence. Un client utilise MVola, un autre Orange Money, un troisième Airtel Money. Il suffirait donc, pense-t-on, de proposer plusieurs boutons de paiement.
Pour le client, c’est effectivement simple : il choisit le moyen qu’il utilise déjà. Pour le marchand, en revanche, ce sont plusieurs systèmes différents qu’il faut intégrer, suivre et exploiter. C’est là que se trouve une grande partie du problème.
« Accepter le mobile money » ne veut pas dire intégrer un seul moyen de paiement
Dans la vie courante, on parle du mobile money comme d’une seule catégorie. Mais derrière cette expression se trouvent plusieurs services distincts, exploités par des fournisseurs différents, avec leurs propres systèmes, interfaces techniques, règles et contraintes.
Pour une entreprise qui souhaite vendre en ligne, accepter plusieurs moyens de paiement peut donc signifier multiplier les intégrations. Et si elle souhaite également accepter les cartes bancaires, elle ajoute encore un autre univers de paiement.
Le premier déclic est donc celui-ci : le client voit plusieurs façons de payer ; le marchand voit plusieurs systèmes à faire fonctionner.
Tant qu’un commerce reste petit ou accepte un seul moyen de paiement, cette fragmentation peut sembler supportable. Mais dès qu’il veut toucher davantage de clients, elle devient une contrainte de croissance.
Le vrai coût du paiement ne se trouve pas seulement dans les commissions
Quand une entreprise compare des solutions de paiement, elle regarde naturellement les frais de transaction. Mais ce n’est qu’une partie du coût réel.
Il faut aussi intégrer les moyens de paiement, tester leur fonctionnement, gérer leurs différences, suivre les transactions, comprendre les échecs, rapprocher les paiements reçus et maintenir les intégrations lorsque les systèmes évoluent. Autrement dit, chaque nouveau moyen de paiement peut ajouter un nouveau morceau d’infrastructure à gérer.
Pour une grande entreprise disposant d’une équipe technique dédiée, cela représente du temps et des ressources.
Pour une PME, un commerce ou une entreprise qui lance son activité en ligne, cela peut simplement devenir un obstacle.
Le deuxième déclic est donc celui-ci : le coût de la fragmentation peut être plus important que le coût visible de la transaction. Il se mesure en développement, en maintenance, en opérations et parfois en ventes perdues.
Afficher plusieurs logos ne signifie pas avoir un paiement unifié
Une page de paiement peut afficher MVola, Orange Money, Airtel Money et une carte bancaire côte à côte. Visuellement, tout semble déjà unifié. Mais ce n’est qu’une unification de façade.
Derrière ces logos, le marchand peut encore devoir gérer plusieurs connexions techniques, plusieurs sources d’information, plusieurs manières de suivre les paiements et plusieurs processus de rapprochement.
L’unification réelle commence donc derrière la page de paiement. Elle consiste à présenter au commerce une manière commune de travailler avec plusieurs moyens de paiement. C’est une distinction importante : rassembler les boutons n’est pas la même chose que rassembler le système.
Pourquoi cette fragmentation freine l’e-commerce
Un commerce en ligne fonctionne mieux lorsque le client peut payer avec le moyen qui lui convient. Dans un marché où plusieurs services de paiement sont utilisés, limiter le choix revient mécaniquement à limiter la clientèle potentielle. Mais accepter davantage de moyens de paiement augmente aussi la complexité technique et opérationnelle du marchand. Il se retrouve donc face à un mauvais choix : accepter peu de moyens de paiement et perdre une partie des clients, ou en accepter davantage et augmenter la complexité de son système.
Ce compromis ne devrait pas exister. Le nombre de moyens de paiement disponibles dans un pays n’est pas en soi un problème. Au contraire, leur diversité donne davantage de choix aux consommateurs. Le problème apparaît lorsque chaque commerçant doit résoudre lui-même la complexité créée par cette diversité. C’est probablement l’un des freins les moins visibles au développement du commerce numérique : chaque entreprise est poussée à reconstruire une partie du même travail d’intégration.
Unifier ne veut pas dire remplacer les moyens de paiement existants
Une solution pourrait sembler évidente : créer un moyen de paiement unique que tout le monde utiliserait. Mais ce n’est ni nécessaire, ni forcément souhaitable. Les consommateurs utilisent déjà leurs comptes et services habituels. Les opérateurs et les banques disposent déjà de leurs infrastructures. L’enjeu n’est donc pas de remplacer MVola, Orange Money, Airtel Money ou les cartes bancaires. Il est de créer une couche commune entre ces systèmes et le marchand. Le principe devient alors très simple :
Un Marchand → Une intégration → Plusieurs moyens de paiement.
Chaque fournisseur continue à fonctionner avec son propre système. Mais le marchand n’a plus besoin de traiter chacun comme un projet entièrement séparé. C’est le troisième déclic : l’unification ne se fait pas nécessairement entre les moyens de paiement eux-mêmes ; elle peut se faire au niveau de l’accès du marchand à ces moyens de paiement.
À quoi ressemble alors une couche de paiement unifiée ?
Pour le marchand, une couche de paiement unifiée doit réduire le nombre de choses différentes qu’il doit comprendre et gérer. Au lieu de construire séparément une intégration pour chaque fournisseur, son site ou son application communique avec une même plateforme de paiement. Cette plateforme se charge ensuite de dialoguer avec les différents fournisseurs. Le principe peut se représenter ainsi :
CLIENT
│
▼
SITE OU APPLICATION DU MARCHAND
│
▼
COUCHE DE PAIEMENT UNIFIÉE
│
┌───────────┼───────────┐
▼ ▼ ▼
MVola Orange Money Airtel Money
│ │ │
└───────────┼───────────┘
▼
MARCHAND
---
Pour le développeur, cela signifie moins d’intégrations indépendantes. Pour le responsable opérationnel, cela signifie une vision plus cohérente des transactions. Pour le dirigeant, cela signifie surtout que l’ajout d’un moyen de paiement ne doit plus nécessairement devenir un nouveau projet informatique. Et pour le client final, rien ne devient plus compliqué : il continue simplement à choisir son moyen de paiement habituel.
L’unification apporte aussi quelque chose que le client ne voit jamais
La page de paiement n’est qu’un instant dans la vie d’une transaction. Après le clic du client, le marchand doit encore savoir si le paiement a réussi, échoué ou reste en attente. Il doit pouvoir retrouver la transaction, la rapprocher de sa commande et comprendre ce qui s’est passé en cas de problème.
Lorsque chaque moyen de paiement dispose de sa propre logique, cette gestion devient rapidement difficile. Une plateforme d’unification apporte donc une valeur moins visible, mais souvent plus importante à mesure que les volumes augmentent: elle donne au marchand une vision commune de paiements qui proviennent pourtant de systèmes différents.
C’est à ce niveau que l’agrégation devient véritablement opérationnelle, et pas seulement esthétique.
C’est précisément le rôle de Papi
Papi a été conçu comme cette couche entre les marchands et les différents fournisseurs de paiement. Le marchand peut proposer plusieurs moyens de paiement à ses clients sans avoir à construire et exploiter séparément toutes les connexions sous-jacentes. Papi centralise l’intégration, l’acheminement des transactions, leurs statuts et les informations nécessaires à leur suivi.
Le rôle de Papi n’est donc pas de devenir un nouveau portefeuille que les consommateurs devraient adopter.
Le client continue à payer avec le moyen qu’il connaît déjà.
Papi quant à lui simplifie l’autre côté du paiement : celui du marchand.
Cette distinction est fondamentale pour le marchand. Un nouveau moyen de paiement demanderait à ses clients de changer leurs habitudes. Une couche d’unification permet au contraire de conserver les moyens existants tout en réduisant leur complexité pour les entreprises qui les acceptent.
Et demain, lorsqu’un nouveau moyen de paiement apparaîtra ?
C’est peut-être le principal intérêt à long terme d’une architecture unifiée. Dans un modèle fragmenté, chaque nouveau moyen de paiement oblige potentiellement chaque marchand à lancer une nouvelle intégration.
Dans un modèle agrégé, le nouveau moyen de paiement est intégré à la couche commune, puis peut devenir accessible aux marchands qui l’utilisent.
La différence est considérable. Au lieu d’avoir des centaines d’entreprises qui résolvent chacune le même problème technique, une infrastructure commune peut le résoudre une fois et le rendre disponible à toutes. C’est ainsi qu’un écosystème de paiement devient progressivement plus simple à utiliser sans devenir moins riche.
Madagascar n’a donc pas besoin de moins de moyens de paiement. Il a besoin que leur diversité cesse d’être une complexité que chaque marchand doit gérer lui-même.
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